l’un des fruits de cette miséricorde de Dieu:

Nous pouvons avoir confiance dans la miséricorde infinie de Dieu qui nous rejoint là où nous en sommes, pour nous donner la vraie vie en lui. Ainsi nous pourrons cheminer vers une plus grande maturité humaine et spirituelle :

  1. Pour approfondir ce thème qui nous libère, je vous encourage à lire et relire l’excellent texte du père Anselm Grund (moine en Allemagne et auteur de plusieurs ouvrages à succès). Dans l’accompagnement pastoral, je rencontre sans cesse des chrétiens qui utilisent la spiritualité pour biaiser avec la vie. Ils n’affronte pas les crises de l’existence. La spiritualité, c’est, pour eux, un lieu où l’on peut se sentir à l’aise et fermer les yeux devant les conflits quotidiens. Pourtant ils peuvent bien s’imposer tous les exercices spirituels qu’ils veulent, ils n’acquerront pas davantage la maturité humaine.
  2. La spiritualité, selon les premiers moines au IV siècle, visait à conduire à la maturité l’être humain tout entier. Cela impliquait avant tout la rencontre de Soi.
  3. Evagre le Pontique, grand écrivain monastique de l’époque, énonce ainsi :« si tu veux connaître Dieu, apprends tout d’abord à te connaître toi-même »
  4. Comment sinon en cherchant à se familiariser avec ses propres pensées, sentiments, passions ? Cela nous conduit vers la santé de l’âme. L’âme n’est plus dépendante des passions et des émotions, mais procède avec celles-ci de telle sorte qu’elle demeure en harmonie avec elle-même, ainsi les passions étant au service de cette harmonie. Caractéristique de cette maturité spirituelle et humaine : à l’égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable on reste « équinime », c’est-à-dire d’égalité d’âme, d’humeur avec une disposition à la sérénité.

Bref, la véritable paix intérieure !

Sans maturité humaine, impossible d’acquérir une maturité spirituelle.

Cela exige de se confronter inévitablement à nos besoins, nos émotions, à nos blessures de notre histoire personnelle et à nos modèles de vie ancrés en nous.

Les premiers moines nous ont montré que le chemin spirituel passait en premier lieu par l’itinéraire psychologique de l’enquête sur soi et de la réconciliation avec soi-même.
La maturité spirituelle est celle de l’être humain qui peut mettre en relation avec dieu tout ce qu’il découvre en lui-même.

Je rencontre sans cesse de personnes habitées par la spiritualité qui tentent, sur leur chemin de méditation, de progresser. En affinant les techniques, ils acquièrent de la discipline. Mais ils ne présentent pas toute leur vérité dans la prière. C’est seulement leur part spirituelle qu’ils mettent en relation avec Dieu.
Pourtant, il n’y a de métamorphose que pour ce que je présente à Dieu. Ce dont je le prive, cela demeure tel quel. Cela ne mûrit point.

Voici donc quelques étapes sur le sentier de la maternité spirituelle :

  • Le premier pas, c’est le silence devant Dieu.

Laisser émerger tout ce qui peut bien monter des profondeurs de l’inconscient et de le lui présenter. De cette manière, l’esprit de Dieu peut tout pénétrer en moi, surtout les aspects obscurs que d’ordinaire je dissimule aux autres ainsi qu’à moi-même.

  • Le deuxième pas consiste à me déprendre des illusions que je me suis fabriquées, vis-à-vis de moi-même et de mon cheminement spirituel. La spiritualité est toujours une affaire de vérité. La vérité vous rendra libre, nous dit Jésus dans Jn 8,32.
  • Le troisième pas, c’est de déplorer ce qu’il y a en moi de médiocre, les chances que j’ai laissées passer et mes rêves de vie brisés. L’affliction, c’est le chemin qui passe par la souffrance causée par le fait que je suis tel que je suis. Par cette affliction, je parviens au fond même de mon âme, où je découvre mon véritable moi, avec de nouvelles possibilités pour mon existence. Mais quiconque refuse cette démarche, demeure, ou bien plongé dans la lamentation envers lui-même, ou bien dans l’accusation. Il accuse Dieu de ne pas l’aider à devenir autrement et les hommes de l’empêcher de devenir l’adulte mature qu’il voudrait être.
  • Le quatrième pas, qui suit immédiatement cette affliction et cette souffrance c’est la réconciliation avec soi-même et avec son parcours existentiel. Avant tout réconciliation avec son propre corps. Il me faut me réconcilier avec les blessures de mon parcours de vie comme le Christ Ressuscité qui garde les marques de sa passion. Quiconque ne se réconcilie pas avec les meurtrissures de son enfance et de son histoire est condamné, ou bien à s’abimer lui-même ou bien à abîmer autrui, ou encore à reproduire dans le présent les situations  blessantes de son passé. Il est essentiel que je pardonne aux personnes qui m’on blessé, sinon je demeure toujours lié à ces personnes. Dépendantes d’elles. Le pardon est un acte de libération de toute énergie négative qui, du fait de la blessure, subsiste en moi. Mais il importe tout autant que je me pardonne à moi-même. notamment de n’avoir pas agi et de n’être pas devenu celui ou celle que j’aurais voulu être.

La finalité : douceur et joie du cœur

Pour Evagre, le critère véritable de la maturité est :

  1. Ce qui relève aussi de la maturité c’est la joie du cœur, le calme, la paix, la vivacité et la liberté.
  2. La douceur. Voilà ce qui caractérise maturité humaine et spirituelle: Le terme allemand « sanftmut » (douceur) signifie, à proprement parler, « avoir le courage de se recueillir »

  • Je recueille tout ce qui relève de moi y compris les aspects  les plus ténébreux.
  • J’ai le courage de tout laisser monter en moi et de placer tout cela dans ma relation à Dieu.
  • Tout cela me rend doux à l’égard de moi-même et à l’égard des autres. Jésus nous dit : « mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » Mt 11,29
  • Un cœur ouvert ne juge plus ni ne condamne. Il est accessible aux autres.
  • La douceur implique un cœur ouvert.
  • « dans un cœur largement ouvert, Dieu peut demeurer » comme le disent les moines.

Alors cheminons jour après jour vers une plus grande maturité humaine et spirituelle.

Traduit de l’allemand

Source : revue Maria n°76